Une hospitalisation peut compliquer la gestion du diabète de type 1 (DT1). Le stress, une infection, une intervention médicale, le jeûne ou un changement dans les habitudes alimentaires peuvent entraîner des variations importantes de la glycémie.
Même à l’hôpital, les besoins en insuline ne disparaissent pas. Certaines précautions sont particulièrement importantes pour prévenir certaines complications comme l’acidocétose diabétique et l’hypoglycémie sévère.
Les personnes vivant avec le DT1 connaissent souvent très bien leur propre gestion du diabète. Elles peuvent jouer un rôle actif dans leurs soins, en collaboration avec l’équipe hospitalière. Lorsque la situation le permet, il peut également être utile de consulter les professionnels de l’équipe habituelle de suivi en diabète (p. ex., endocrinologue, infirmière spécialisée ou autre membre de l’équipe), qui connaissent bien la personne, son traitement et ses besoins.
Voici quelques éléments importants que les professionnels de la santé doivent connaître et prendre en compte lors d’une hospitalisation. Cet article peut également être partagé avec l’équipe de soins pour faciliter les échanges et soutenir une prise en charge adaptée aux besoins de la personne vivant avec le DT1.
1. DT1 : éléments de base
- Le DT1 est une maladie auto-immune caractérisée par la destruction des cellules qui produisent normalement l’insuline.
- Les personnes qui vivent avec le DT1 ne produisent aucune insuline; sans insuline, ces personnes tomberont en hyperglycémie et en acidocétose diabétique.
- Le DT1 ne doit pas être confondu avec le diabète de type 2. La plupart des personnes qui vivent avec le diabète de type 2 produisent encore de l’insuline.
2. L’insuline basale doit toujours être maintenue
Même lorsqu’une personne ne mange pas, elle a besoin d’insuline basale pour permettre à son organisme de fonctionner et prévenir l’acidocétose diabétique.
- L’insuline basale (p. ex., insuline glargine ou degludec) ne doit jamais être complètement interrompue chez une personne vivant avec le DT1 sans qu’une autre méthode d’administration de l’insuline soit mise en place.
- Cette règle s’applique également aux personnes qui utilisent une pompe à insuline, puisque celle-ci administre de l’insuline rapide en continu pour couvrir les besoins basaux.
- Le besoin en insuline basale demeure présent même lorsque la personne est à jeun ou que sa glycémie se trouve dans les valeurs cibles.
- Les doses peuvent toutefois nécessiter des ajustements en fonction de la situation clinique, notamment en cas d’hypoglycémie ou lors du passage à une insulinothérapie intraveineuse.
À retenir : une personne vivant avec le DT1 a toujours besoin d’insuline basale, même lorsqu’elle ne mange pas.
3. L’insuline des repas : à adapter en fonction de l’alimentation
Les repas à l’hôpital peuvent être imprévisibles. Une personne peut avoir moins d’appétit, des nausées ou devoir être à jeun avant un examen ou une intervention.
- L’insuline associée aux repas doit être administrée à chaque repas et adaptée à la quantité réellement consommée.
- Si la personne ne mange pas, l’insuline pour le repas peut généralement être omise, mais une dose de correction peut être nécessaire si la glycémie est élevée.
- Lorsque la quantité de nourriture consommée est incertaine, l’équipe peut adapter le moment de l’administration de l’insuline. (p.ex. administrer la dose après le repas et donner 50 % de la dose si 50 % du repas a été consommé).
- Les échelles d’ajustement des doses d’insuline sont à éviter. Un facteur de correction doit plutôt être ajouté à la prescription d’insuline prandiale.
4. Acidocétose diabétique : reconnaître les signes
L’acidocétose diabétique est une complication sérieuse qui survient lorsque l’organisme manque d’insuline. Elle peut se développer rapidement, notamment en cas d’infection, de maladie ou d’interruption de l’insuline. Ses symptômes peuvent parfois être confondus avec ceux d’autres problèmes de santé.
- Les signes à surveiller comprennent les nausées, les vomissements, les douleurs abdominales, une respiration rapide et profonde (respiration de Kussmaul), les étourdissements et une altération de l’état de conscience.
- En cas de suspicion, il faut vérifier la glycémie et mesurer les cétones (dans le sang ou l’urine), puis réaliser un test des gaz sanguins veineux.
- Si l’acidocétose est confirmée, le traitement doit être amorcé rapidement selon le protocole hospitalier. Il comprend généralement une réhydratation, l’administration d’insuline intraveineuse et la surveillance des électrolytes.
- Une consultation en endocrinologie ou en médecine interne doit être envisagée rapidement.
5. L’hypoglycémie : prévenir et reconnaître les signes
Une hypoglycémie correspond à une glycémie inférieure à 4,0 mmol/L (ou 70 mg/dL). Elle peut avoir des conséquences importantes si elle n’est pas corrigée rapidement, particulièrement lorsqu’elle devient sévère.
- Il est important de connaître les symptômes de l’hypoglycémie, qui peuvent comprendre des tremblements, des palpitations, de la transpiration, des étourdissements et, dans les cas sévères, une perte de conscience.
- La personne devrait avoir accès à des sources de glucides à action rapide (p. ex., jus ou comprimés de glucose), lorsque son état le permet. La quantité à prendre et le moment du traitement doivent être déterminés selon la situation et le protocole en place.
- En cas d’hypoglycémie sévère, le glucagon intranasal (p. ex., Baqsimi) peut être utilisé si la personne est incapable de prendre des glucides par voie orale. Le glucose par voie intraveineuse constitue également une option lorsqu’un accès veineux est disponible.
- Certaines conditions, comme une diminution de la fonction rénale, une infection sévère, une diminution de l’alimentation, la malnutrition ou une insuffisance surrénalienne, peuvent augmenter le risque d’hypoglycémie.
- Il faut également demeurer vigilant quant aux erreurs de prescription, notamment l’administration de médicaments hypoglycémiants qui ne sont pas indiqués pour les personnes vivant avec le DT1.
6. Les infections, le stress et les corticostéroïdes peuvent augmenter les besoins en insuline
Certaines situations fréquentes en contexte hospitalier peuvent augmenter la résistance à l’insuline et entraîner des besoins plus importants.
- Les infections, le stress physiologique associé à une maladie ou à une intervention chirurgicale et les corticostéroïdes (p. ex., prednisone ou dexaméthasone) peuvent faire augmenter la glycémie.
- À l’inverse, lorsque l’infection se résorbe, que le stress diminue ou que les corticostéroïdes sont arrêtés, les besoins en insuline peuvent diminuer rapidement.
- Une surveillance régulière de la glycémie et des ajustements des doses d’insuline sont donc essentiels pendant toute l’hospitalisation.
7. Pompes à insuline et les lecteurs de la glycémie en continu
De nombreuses personnes vivant avec le DT1 utilisent une pompe à insuline ou un lecteur de la glycémie en continu. Ces technologies peuvent généralement être maintenues pendant une hospitalisation, selon l’état de santé de la personne et les protocoles de l’établissement.
- Une pompe à insuline ne doit jamais être retirée ou interrompue sans qu’une autre méthode d’administration de l’insuline soit prévue.
- La personne peut généralement continuer à utiliser sa pompe si son état clinique le permet et si elle est en mesure de gérer son dispositif de façon sécuritaire. Le personnel soignant peut également l’accompagner selon les protocoles en place.
- Si la pompe doit être interrompue, une méthode de remplacement doit être mise en place et la reprise de son utilisation doit être planifiée.
- Les lecteurs de la glycémie en continu fournissent des informations utiles sur les tendances glycémiques, mais ne remplacent pas les mesures de glycémie au point d’intervention (p. ex., glycémie capillaire) pour les décisions cliniques en contexte hospitalier, particulièrement lorsque la glycémie fluctue rapidement ou que l’état de santé est instable.
8. L’expérience de la personne vivant avec le DT1 compte
Les personnes vivant avec le DT1 ont souvent une bonne connaissance de leurs besoins en insuline et de leurs habitudes de gestion. Leurs proches peuvent également jouer un rôle important, puisqu’ils connaissent bien leur quotidien, leurs besoins et leurs particularités. Cette expérience représente une ressource précieuse pendant une hospitalisation.
- Il est important d’inclure la personne dans les décisions concernant ses soins et de tenir compte de son expérience dans les ajustements apportés à son traitement.
- Lorsque son état le permet, elle peut contribuer activement à la gestion de son diabète, en collaboration avec l’équipe hospitalière.
- Avec son accord, les personnes proches aidantes (parents, grands-parents, membres majeurs de la fratrie ou autres proches significatifs) devraient également être considérées comme des personnes-ressources et être impliquées dans la prise en charge, lorsque cela est approprié.
- Ces proches peuvent contribuer à la gestion du diabète en complémentarité avec l’équipe de soins, favoriser la continuité des soins et aider à maintenir les habitudes et les acquis de la personne hospitalisée.
- Au besoin, les professionnels peuvent consulter l’équipe habituelle de suivi en diabète, un endocrinologue ou un interniste pour obtenir des conseils adaptés à la situation.
Une bonne communication entre la personne hospitalisée, ses proches, l’équipe soignante et les professionnels qui assurent habituellement son suivi contribue à une prise en charge plus sécuritaire, cohérente et adaptée à ses besoins.
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Écrit par:
Amélie Roy-Fleming DtP, MSc, ÉAD,
Révisé par:
- Sarah Haag, infirmière clinicienne, BSc.
- Rémi Rabasa Lhoret, MD, PhD.
- Alexandra Katz, MD
- Nadine Taleb, MD, PhD.
- Jacques Pelletier, Domitille Dervaux, Claude Laforest, Amélie Eloundou, patients partenaire du projet BETTER



