On peut vivre avec le diabète de type 1 (DT1) depuis plusieurs années sans avoir réellement compris ce qu’est l’acidocétose diabétique, ni avoir été particulièrement sensibilisé·e à ses risques. On parle souvent davantage du risque d’hypoglycémie sévère, mais l’acidocétose diabétique est tout aussi importante à connaître, notamment pour savoir identifier les signes et réagir rapidement.

Même lorsqu’on met beaucoup d’efforts dans la gestion du DT1, on n’est jamais complètement à l’abri: une maladie, une infection, une dose d’insuline oubliée ou un problème avec une pompe à insuline sont des exemples de situations pouvant entraîner une acidocétose.

Mieux comprendre l’acidocétose diabétique, savoir quoi surveiller et acquérir les bons réflexes peut aider à agir rapidement lorsqu’une situation à risque survient. On vous en dit plus ici.

Que sont les cétones et qu’est-ce que l’acidocétose?

Quand il n’y a pas suffisamment d’insuline, le glucose reste dans le sang au lieu d’entrer dans les cellules pour leur fournir de l’énergie. Le corps cherche alors une autre source d’énergie et commence à utiliser ses réserves de graisse. La dégradation des graisses produit des substances appelées corps cétoniques, ou cétones. 

Produire quelques cétones n’est pas nécessairement dangereux. Par exemple, elles peuvent apparaître lorsqu’on mange très peu, qu’on ne peut pas s’alimenter en raison de maladie, de jeûne ou dans le cadre d’une diète cétogène. Une personne vivant avec le DT1 peut donc avoir des cétones sans être en acidocétose. Ce qui devient dangereux, c’est lorsque les cétones s’accumulent dans le sang alors qu’il n’y a pas suffisamment d’insuline. Elles rendent alors le sang plus acide: c’est l’acidocétose diabétique. Le taux de cétones doit donc être interprété dans son contexte : un taux élevé ne signifie pas à lui seul qu’il y a une acidocétose.

Ainsi, la présence de cétones ne signifie pas nécessairement qu’une personne est en acidocétose. C’est surtout l’accumulation de cétones dans un contexte de manque d’insuline qui peut entraîner une acidocétose.

L’acidocétose diabétique est une situation potentiellement grave qui nécessite une prise en charge médicale rapide. Si elle n’est pas traitée, elle peut entraîner une déshydratation importante, des troubles de la conscience et d’autres complications, et peut nécessiter une hospitalisation. Certaines personnes ont d’ailleurs vécu une acidocétose au moment de leur diagnostic de DT1, parfois lors de leur première hospitalisation.

Le risque d’acidocétose peut aussi varier selon la façon dont l’insuline est administrée. Avec les injections, on utilise généralement deux types d’insuline : une à action lente et une à action rapide. Si une dose d’insuline rapide est oubliée (p. ex. au repas), il reste tout de même de l’insuline lente dans le corps. Avec une pompe, on utilise uniquement de l’insuline à action rapide. Si la pompe cesse de délivrer l’insuline (p. ex. en raison d’un problème avec le système de perfusion), le corps peut manquer d’insuline et les cétones peuvent augmenter rapidement.

Cétones et glycémie : ce qu’il faut savoir

On pense souvent à l’acidocétose lorsque la glycémie est très élevée, et c’est effectivement fréquent. Mais une glycémie normale n’exclut pas complètement une acidocétose. Cela peut notamment arriver pendant la grossesse ou avec certains médicaments, comme les inhibiteurs des SGLT2 (p. ex. Invokana, Forxiga, Jardiance, Steglatro).

La glycémie et les cétones doivent donc être interprétées ensemble, en tenant aussi compte de vos symptômes et de la situation. Les symptômes d’une acidocétose, comme les nausées, les vomissements ou les douleurs abdominales, peuvent parfois ressembler à ceux d’une gastro-entérite. En cas de maladie ou de symptômes inhabituels, il peut donc être important de mesurer vos cétones, même si votre glycémie n’est pas très élevée, notamment si vous utilisez une pompe à insuline.

C’est aussi pour cette raison qu’il ne faut pas attendre d’avoir une glycémie très élevée pour penser aux cétones lorsqu’on se sent mal.

Quels signes surveiller?

Certains signes peuvent vous alerter et indiquer qu’une acidocétose diabétique est en train de s’installer :

  • avoir très soif et uriner souvent;
  • être très fatigué ou faible;
  • avoir des nausées ou des vomissements;
  • avoir mal au ventre;
  • avoir une haleine fruitée ou une odeur d’acétone;
  • être confus ou très somnolent.

Pour en savoir plus sur les signes de l’acidocétose diabétique consultez notre fiche pratique.

Si vous avez des cétones et que vous vous sentez mal, ne les ignorez pas. Suivez votre plan de jours de maladie et communiquez avec votre équipe de soins pour savoir quoi faire. Si les symptômes sont importants ou s’aggravent, consultez rapidement.

Comment mesurer les cétones ?

Deux options existent actuellement pour mesurer les cétones :

Les bandelettes urinaires sont les plus accessibles et ne nécessitent pas d’appareil spécifique. Elles donnent une indication approximative du taux de cétones, mais mesurent les cétones excrétées, pas celles actuellement présentes dans le sang.

Les lecteurs de cétones sanguins (au bout du doigt) sont plus précis et plus rapides. Ils mesurent directement le taux dans le sang. C’est l’option recommandée lorsqu’elle est disponible.

Et demain ? Les technologies évoluent rapidement. Certains lecteurs de la glycémie en continu (p.ex. Freestyle Libre, Dexcom) offriront dans leurs prochaines versions la mesure simultanée de la glycémie et des cétones. Cette avancée permettra une détection encore plus précoce et une gestion plus réactive des cétones au quotidien.

Quand mesurer les cétones et que faire ?

L’évaluation du risque d’acidocétose dépend de plusieurs facteurs : le taux de cétones, la glycémie, les symptômes présents, et le mode d’administration de l’insuline. Il n’existe pas de réponse universelle. C’est pourquoi disposer de ressources adaptées à sa propre situation est essentiel.

En règle générale, il peut être utile de mesurer les cétones lorsque la glycémie est élevée et ne semble pas baisser malgré l’administration d’insuline, ou en cas de maladie ou de symptômes. À titre indicatif, si vous utilisez des injections d’insuline, la mesure des cétones peut être recommandée lorsque la glycémie est supérieure à 14,0 mmol/L, 4 heures après un bolus de correction, ou supérieure à 18,0 mmol/L entre deux repas. Avec une pompe à insuline, il peut être recommandé de mesurer les cétones lorsque la glycémie est supérieure à 14,0 mmol/L, puisqu’une interruption de l’administration d’insuline peut entraîner une augmentation rapide des cétones. Ces repères sont indicatifs et doivent être interprétés selon le contexte, les symptômes et l’évolution de la glycémie.

Découvrez nos fiches pratiques, conçues pour vous guider dans les situations à risque:

Quand est-on plus à risque ?

L’acidocétose peut survenir dans diverses situations. Certaines d’entre elles augmentent particulièrement le risque :

  • Une maladie ou infection, même bénigne (p.ex. un simple rhume, une gastro), peut augmenter les besoins en insuline et les cétones
  • Une dose d’insuline oubliée ou nettement insuffisante
  • Un problème technique avec la pompe à insuline (p.ex. occlusion, problème avec le système de perfusion)
  • Un stress physique ou émotionnel intense
  • Une chirurgie ou une hospitalisation

Dans ces moments, une surveillance plus rapprochée de la glycémie et des cétones est fortement recommandée. Il est également important de ne pas attendre l’apparition des symptômes pour agir.

Ce qu’il faut retenir

L’acidocétose diabétique est sérieuse, mais elle est largement évitable lorsqu’on sait quoi surveiller et comment réagir. Quelques réflexes essentiels :

  • Mesurer les cétones lorsque la glycémie demeure élevée malgré les corrections, en particulier en cas de maladie ou lorsqu’on utilise une pompe à insuline.
  • Redoubler de vigilance lors des maladies, infections ou situations de stress
  • Ne jamais ignorer une glycémie qui reste élevée et ne semble pas baisser, surtout avec une pompe à insuline
  • Consulter rapidement un professionnel de la santé si les cétones sont élevées ou si les symptômes s’aggravent, car une acidocétose peut nécessiter une hospitalisation.
  • L’acidocétose fait partie des réalités de la vie avec le DT1, et la comprendre, c’est déjà une façon de mieux s’en protéger.

Pour aller plus loin

Connectez-vous et consultez notre module de formation sur l’hyperglycémie.

Écrit par :  Sarah Haag, Inf. Clinicienne, B.Sc.

Révisé par :

  • Anne-Sophie Brazeau, DtP., PhD
  • Amélie Roy-Fleming, DtP., MSc.
  • Jacques Pelletier, Michel Dostie, Camille Dupont, Claude Laforest, Chloé Freslon, Aude Bandini, patient·e·s partenaires du projet BETTER