Dès le diagnostic de diabète on vous a appris que maintenir une glycémie dans des valeurs cibles est important pour prévenir les complications à long terme. Ce message, répété fréquemment lors des rendez-vous médicaux, est peut-être même devenu omniprésent dans votre tête.

Pour certaines personnes vivant avec le diabète de type 1(DT1), cette vigilance finit par prendre tellement de place qu’elle devient une source de pression constante. Chaque valeur de glycémie élevée peut alors être vécue comme un échec. Chaque écart, une faute. Certaines personnes peuvent alors être tentées de viser des glycémies le plus bas possible. 

Chez certains individus cette volonté devient rigide, au détriment de la santé. Ce phénomène appelé peur – ou aversion – à l’hyperglycémie est encore peu documenté dans la littérature scientifique, mais est pourtant bien réel dans la vie de nombreuses personnes qui gèrent le DT1 au quotidien.

Comment reconnaître une peur envahissante?

Les recherches montrent que la crainte de l’hyperglycémie est souvent alimentée par la combinaison de la peur des complications et de standards personnels très élevés. Les personnes concernées veulent garder un contrôle serré sur leur glycémie, et ressentent de la frustration ou de la culpabilité lorsqu’elles n’y parviennent pas.

Elles sont souvent poussées par une forte autocritique: « Je devrais faire mieux », « je n’ai pas été assez rigoureux »

Cette peur envahissante de l’hyperglycémie peut se reconnaître par certains comportements ou pensées, par exemple : 

  • administrer des doses d’insuline trop élevées;
  • traiter l’hypoglycémie de façon insuffisante par peur de voir la glycémie remonter;
  • ignorer volontairement les symptômes d’une glycémie basse,
  • considérer les hypoglycémies comme un « mal absolument nécessaire » pour maintenir de bonnes glycémies;
  • ressentir une fatigue mentale constante liée au diabète;

Si vous vous reconnaissez dans certains de ces comportements, sachez que vous n’êtes pas seul·e et que ce n’est pas une question de manque de volonté.

Un équilibre fragile, parfois risqué

À première vue, maintenir une glycémie basse peut sembler rassurant, voire « plus sécuritaire ». Pourtant, privilégier des valeurs trop basses expose à des risques bien réels. 

Des données montrent que les personnes ayant une forte aversion pour l’hyperglycémie passent effectivement plus de temps dans la cible glycémique, mais aussi un temps accru en hypoglycémie, ce qui n’est pas sans conséquence.

À force d’ignorer les premiers signes d’une glycémie basse ou de les traiter de façon insuffisante, le corps peut progressivement cesser d’envoyer les signaux d’alerte habituels (p.ex. tremblements, sueurs, faim). On parle alors de baisse de la perception ou de non-perception des symptômes de l’hypoglycémie.

Lorsque ces signaux disparaissent, l’hypoglycémie peut évoluer silencieusement, sans signes précurseurs clairs, et n’être détectée que lorsque des symptômes plus sévères apparaissent, comme : 

  • de la confusion, 
  • de la désorientation, .
  • voire une perte de conscience. 

Ces situations peuvent devenir particulièrement dangereuses dans la vie quotidienne, et compromettent la sécurité et les capacités de fonctionnement; par exemple au volant, à l’école lors d’un examen, au travail lors d’une présentation.

Les glycémies élevées ponctuelles ne définissent pas la gestion du diabète

Lorsque la peur de l’hyperglycémie prend beaucoup de place, il peut être utile de se rappeler une chose essentielle : les complications du diabète ne se développent pas à cause de quelques heures ou de quelques journées avec des glycémies élevées. 

Elles se développent généralement après des années de glycémies élevées de façon répétée et persistante. Autrement dit, une valeur plus élevée après un repas, une journée plus difficile, ou encore une période de stress ne viennent pas compromettre tous les efforts fournis au quotidien. 

La glycémie est influencée par une multitude de facteurs : hormones, stress, sommeil, activité physique, digestion, maladie, cycle menstruel, etc. Elle ne peut pas être entièrement contrôlée et n’est pas uniquement liée à de la volonté ou de la discipline.

Il est aussi utile de savoir que même les personnes sans diabète ont des glycémies qui montent après les repas, souvent au-dessus de 8,0 mmol/L. Ces variations sont normales. En fait, elles peuvent passer une petite partie de la journée (environ 2 à 5 %) en hyperglycémie, sans que cela soit problématique.

Donner place à la sécurité … et à la bienveillance

La crainte de l’hyperglycémie est compréhensible et peut être utile… jusqu’à un certain point. Gérer son diabète, ce n’est pas seulement une question de chiffres : c’est aussi une question d’équilibre de vie.

Adopter une approche plus bienveillante envers soi-même ne signifie pas baisser les bras. Cela signifie reconnaître que la glycémie n’est pas entièrement contrôlable, et que viser des objectifs réalistes, plutôt que parfaits, permet de réduire la pression, éviter le cycle frustration–autocritique, sans pour autant mettre sa santé de côté. 

Dans cette recherche d’équilibre, la prévention des hypoglycémies doit rester une priorité. Cela passe notamment par :

  • prévenir et traiter rapidement toute glycémie basse,
  • ne pas minimiser ou ignorer les symptômes,
  • accepter de prendre les glucides nécessaires pour faire remonter une glycémie basse, même si cela entraîne temporairement une glycémie plus élevée.

Il peut être utile de se rappeler qu’une gestion sécuritaire du diabète vise à éviter les extrêmes, et non à atteindre la perfection.

En parler, un pas important

Chercher à bien gérer son DT1 est une force. Mais lorsque cette volonté s’accompagne de pression excessive, d’une autocritique sévère ou d’une peur qui influence vos décisions au quotidien, elle peut devenir contre-productive et épuisante. 

Si la peur de l’hyperglycémie prend beaucoup de place dans votre vie, il peut être utile d’en discuter avec votre équipe de soins.

Trouver un juste milieu entre rigueur et flexibilité, entre vigilance et bienveillance est essentiel pour préserver à la fois sa santé physique et mentale.

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Références:

  • Polonsky WH et al., “Hyperglycemia aversiveness”: Investigating an overlooked problem among adults with type 1 diabetes. J Diabetes Complications. 2021 Jun;35(6):107925. doi: 10.1016/j.jdiacomp.2021.107925. Epub 2021 Mar 29. PMID: 33836966. 
  • McKechnie, Vicky, et al. “Hyperglycaemia aversion in type 1 diabetes: A grounded theory study.” British journal of health psychology 29.1 (2024): 254-271.

Écrit par :  Amélie Roy-Fleming Dt.P., ÉAD, M.Sc. et Catherine Leroux, Dt.P., M.Sc.

Révisé par :

  • Sarah Haag, Inf. Clinicienne, B.Sc.
  • Rémi Rabasa-Lhoret, M.D., Ph. D.
  • Andréanne Vanasse, Camille Dupont, Jacques Pelletier, Michel Dostie, Claude Laforest, patient·e·s partenaires du projet BETTER