Le mois de mai est celui de la sensibilisation à la maladie cœliaque, une maladie auto-immune tout comme le diabète de type 1 (DT1). La maladie cœliaque et les maladies de la glande thyroïde comptent parmi les maladies auto-immunes qui sont les plus fréquentes chez les personnes qui vivent avec le DT1 en raison des gènes à risque partagé. Selon les données du registre BETTER, plus de 6 % des Canadiens qui vivent avec le DT1 sont aussi atteints de la maladie cœliaque, par rapport à environ 1 % dans la population générale.

Qu’est-ce que la maladie cœliaque?

La maladie cœliaque est une maladie auto-immune qui réagit au gluten, une protéine qui se trouve dans plusieurs types de grains, même en quantités infimes (p. ex., une miette de pain). Le système immunitaire déclenche alors une réaction inflammatoire de l’intestin, laquelle peut causer des lésions graves à court et à long terme.

Comment savoir si j’ai la maladie cœliaque?

La maladie cœliaque est souvent dépistée en présence de symptômes persistants tels que les troubles gastro-intestinaux persistants (p. ex., diarrhée, constipation) et la perte de poids, mais des symptômes plus subtils peuvent également se manifester, par exemple la fatigue, les migraines, les douleurs articulaires, l’anémie hypochrome sidéropénique (carence en fer) et des éruptions cutanées. Et encore, certaines personnes peuvent ne présenter que des symptômes légers, voire aucun symptôme. Il peut être pertinent de faire subir un dépistage dans l’une des deux situations suivantes : d’une part, les personnes qui vivent avec le DT1 et dont la glycémie fluctue beaucoup de façon inexpliquée, et d’autre part, les personnes dont un membre de la famille en est atteint, puisque la maladie cœliaque comporte également une composante génétique.

Au Canada, le dépistage de la maladie cœliaque se déroule en deux étapes. D’abord, une analyse sanguine mesure les taux d’anticorps liés à la maladie cœliaque. Ensuite, si l’analyse sanguine suggère que la maladie cœliaque peut être en cause, le prélèvement d’un petit fragment de l’intestin est réalisé par endoscopie pour confirmer la présence de lésions. Pendant cette période, il est important de continuer à consommer du gluten pour permettre de confirmer les lésions, le cas échéant. Une fois le diagnostic confirmé, il peut être nécessaire de prendre des suppléments alimentaires pour combler les carences nutritionnelles (p. ex., carence en fer ou en vitamine D) qui sont dues à ces lésions. Heureusement, une diète sans gluten à 100 % permet aux intestins de se réparer et d’améliorer l’absorption.

Comment gérer la maladie cœliaque?

Le seul traitement actuel de la maladie cœliaque est de suivre une diète sans gluten à vie, ce qui peut s’avérer plus difficile qu’il n’y paraît : il faut alors éviter le blé, l’orge, le seigle ou l’avoine (à moins qu’elle ne soit certifiée sans gluten), ainsi que la contamination croisée, aussi petite soit-elle. Par exemple, griller un pain sans gluten dans le même grille-pain qu’un pain contenant du gluten, ou frire des aliments dans une huile ayant servi à des aliments avec gluten provoquent la contamination croisée. Pour une personne qui vit avec la maladie cœliaque, une concentration de gluten supérieure à 20 parties par million, soit une petite miette, est considérée comme dangereuse et peut déclencher une réaction. Cependant, la plupart des ustensiles de cuisine (p. ex., casseroles, assiettes, ustensiles) sont sûrs après un bon lavage avec savon.

Et s’il n’y a aucune réaction? Est-ce que cela signifie que vous êtes hors de danger? Pas nécessairement. Certaines personnes ne ressentent pas les réactions intestinales au gluten, mais ont tout de même des lésions, lesquelles peuvent entraîner des complications à long terme. Après des années à suivre une diète sans gluten, il est même possible de ne plus ressentir les réactions; il faut donc faire preuve de vigilance en tout temps.

Suivre une diète sans gluten avec le DT1

Les lésions intestinales causées par la maladie cœliaque nuisent à l’absorption des nutriments, ce qui peut compliquer la gestion du DT1. Certaines personnes qui vivent à la fois avec le DT1 et la maladie cœliaque arrivent à mieux contrôler leur glycémie après être passées à une diète sans gluten.

Les aliments transformés et sans gluten tels que le pain et les pâtisseries contiennent souvent plus de sucre et moins de fibres que leurs équivalents avec gluten. Il peut donc être difficile de déterminer la dose d’insuline à prendre pour ces aliments en raison de leur indice glycémique élevé (la glycémie peut monter plus rapidement). Il peut être rassurant de se tourner vers les aliments transformés et sans gluten, car on en connaît la teneur en glucides et les ingrédients, mais ils contiennent souvent plus de sucre, de sel et de matières grasses, et il serait préférable de ne les consommer qu’à l’occasion. Ces produits ont également tendance à être plus chers, mais la différence de coût entre ces produits et leurs équivalents sans gluten peut être ajoutée à votre déclaration de revenus au titre des frais médicaux. Pour simplifier la transition vers une diète sans gluten avec le DT1, améliorer son alimentation et faire des économies, il convient, si possible, de privilégier des sources de glucides naturellement sans gluten comme le sarrasin, les pommes de terre, le riz et le quinoa. 

Si vous êtes « contaminé » de gluten (c.-à-d., vous avez accidentellement ingéré du gluten) après le diagnostic, il peut être utile d’adapter vos repas et vos doses d’insuline comme vous le feriez lors d’une journée de maladie, selon la gravité de vos symptômes. Cependant, certains aliments faciles à digérer, comme le pain blanc et les craquelins (à moins qu’ils ne soient sans gluten) doivent être remplacés par du riz blanc ou d’autres aliments solides sans gluten et à faible teneur en fibres.

Un nouveau diagnostic? Mettez à profit vos compétences de gestion du DT1!

Les personnes qui vivent avec le DT1 maîtrisent de nombreuses compétences qui leur seront utiles pour gérer à la maladie cœliaque.

1.         Lire les étiquettes. En plus de vérifier la teneur en glucides, il faut vérifier la liste des ingrédients pour s’assurer que l’aliment ne contient pas de blé, d’orge, de seigle, d’avoine ou de triticale (un hybride peu courant de blé et de seigle). Heureusement, la loi canadienne exige que les ingrédients contenant du gluten soient indiqués sur l’étiquette, mais cette obligation peut être contournée si le produit affiche la certification sans gluten, laquelle est requise pour les produits à haut risque comme les céréales et les grains (p. ex., l’avoine).

2.    Joindre une communauté. Que ce soit en ligne ou en personne (p. ex., les chapitres locaux de Cœliaque Canada), le soutien par les pairs peut être très bénéfique et vous orienter vers des ressources utiles.

3.    Utiliser les outils disponibles. Profitez des ressources disponibles dans votre communauté et des infrastructures existantes. Par exemple, lorsque vous mangez au restaurant, vous pouvez trouver de précieuses informations dans des applications telles que Find Me Gluten Free. À l’étranger, l’application Gluten Free Scanner peut vous aider à vérifier la présence de gluten dans les listes d’ingrédients.

4.         Défendre ses intérêts. Lorsque vous mangez ailleurs que chez vous, n’hésitez surtout pas à poser les questions nécessaires à votre sécurité et à votre confort (p. ex., sur la présence de contamination croisée, l’utilisation d’une eau distincte pour les pâtes sans gluten, vérification que les ustensiles utilisés pour des aliments avec gluten ne sont pas utilisés pour des aliments sans gluten).

5.    Éviter les mythes. Comme pour le DT1, de nombreux mythes persistent au sujet de la maladie cœliaque, notamment l’existence de « remèdes », des scénarios alarmistes et des tricheries pour consommer du gluten. Il est important de vous informer à partir de sources fondées sur des preuves.

Malheureusement, la maladie cœliaque peut alourdir la charge mentale associée au DT1. Aux calculs des glucides et mesures de glycémie s’ajoutent la vérification des étiquettes alimentaires et les questions sur les ingrédients et la sûreté au restaurant. Chez les participants au registre BETTER, vivre avec la maladie cœliaque est associé à une consommation plus fréquente de médicaments contre la dépression ou l’anxiété. Les grands changements de vie seront toujours un défi, mais avec le temps et de la pratique, vous pouvez mener une vie épanouie, et sans gluten.

Pour obtenir plus de conseils sur l’alimentation sans gluten en contexte de diabète de type 1, connectez-vous à la plateforme Support et consultez le module intitulé La maladie cœliaque lorsqu’on vit avec le diabète de type 1. Votre clinique d’endocrinologie a peut-être également des ressources utiles pour votre région.

Références / ressources :

Canadian Celiac Association : https://www.celiac.ca/

Celiac Quebec : https://www.coeliaque.quebec/fr/

Health Canada, Government of Canada. “Wheat & Triticale – Priority food allergens”. Food and nutrition: Report and Publications. Wheat & Triticale – Priority food allergens – Canada.ca

Écrit par : Cassandra Locatelli, PhD.

Révisé par :

  • Amélie Roy-Fleming Dtp ÉAD, MSc.
  • Rémi Rabasa-Lhoret, M.D., Ph. D..
  • Anne-Sophie Brazeau, Dt.P., Ph. D.
  • Johnny Chmiel, Anna Theroux & Pamela Dawe, patient.e.s partenaire.s