Parler de santé sexuelle peut être difficile, que ce soit avec son entourage ou avec son équipe de soins. Pourtant, la sexualité fait partie du bien-être global au même titre que le sommeil, la gestion du stress ou la santé mentale. Et surtout, il est tout à fait possible de vivre une sexualité épanouie même lorsqu’on vit avec le diabète de type 1 (DT1).

Le DT1 peut parfois influencer le désir, le confort, les sensations ou la confiance en soi. Il peut aussi ajouter des préoccupations plus concrètes comme le risque d’hypoglycémie pendant une relation sexuelle ou le stress lié aux technologies (p. ex. pompe à insuline, capteur). Ces défis peuvent avoir un impact important pour certaines personnes. Avec des informations adaptées et quelques ajustements pratiques, il est possible de mieux vivre ses relations intimes, même si le DT1 reste un facteur à prendre en compte et que certains défis peuvent parfois perdurer malgré les ajustements. 

Quel est l’impact d’une relation sexuelle sur la glycémie?

Une relation sexuelle peut être considérée comme une activité physique et peut donc influencer la glycémie : le corps bouge, le rythme cardiaque augmente et certaines hormones entrent en jeu. Selon les personnes et le contexte, cela peut provoquer une hypoglycémie pendant la relation sexuelle et peut parfois continuer de faire baisser la glycémie dans les heures qui suivent. Plus rarement, certaines personnes constatent une augmentation de la glycémie, par exemple si le stress ou l’excitation est grand.

Il n’y a pas de règle unique qui s’applique à tout le monde. Avec le temps, on apprend à reconnaître ses propres tendances.

Stratégies concrètes pour vivre pleinement sa sexualité et retrouver la spontanéité (à sa façon) avec le DT1

Avec le DT1, la sexualité peut parfois demander un peu d’attention supplémentaire, mais cela n’empêche pas de savourer le moment présent avec plaisir et complicité. On peut utiliser certaines stratégies pour se sentir plus en sécurité, anticiper les imprévus et se concentrer sur le plaisir partagé. Même si la spontanéité peut être un peu plus difficile parfois, ces ajustements permettent souvent de vivre ces moments avec plus de liberté et de confiance.

1) Se préparer sans casser l’ambiance

L’idée n’est pas de transformer un moment intime en « routine médicale », mais simplement de réduire le stress. Avant de commencer, un rapide coup d’œil à la glycémie peut vous rassurer. Si votre glycémie est plutôt basse ou en baisse, prendre une petite collation peut éviter une interruption plus tard. Avoir une source de glucides rapides (p. ex. jus, comprimés de glucose) à proximité (p. ex. table de chevet) peut aussi faire une grande différence, pas seulement pour la sécurité, mais aussi pour votre tranquillité d’esprit. 

Aussi, avec le phénomène de l’aube (une hausse naturelle de la glycémie en fin de nuit ou au réveil liée à la libération d’hormones comme le cortisol), le risque d’hypoglycémie peut être plus faible le matin, avant le déjeuner, lorsque l’insuline active est généralement moindre. Ce moment peut donc être plus rassurant pour celles et ceux qui appréhendent les hypos.

Pour les personnes qui portent une pompe à insuline et choisissent de la « débrancher » et de suspendre l’administration pendant le moment d’intimité, une alarme peut être utile pour ne pas oublier de la rebrancher rapidement et éviter une interruption prolongée de l’insuline (idéalement pas plus d’une heure). 

Si vous préférez garder la pompe active, il est possible de diminuer temporairement le débit basal (p. ex. fonction « activité physique », augmentation de la cible) afin de réduire le risque d’hypoglycémie tout en profitant du moment sereinement.

2) Savoir quoi faire si une hypoglycémie arrive

L’essentiel est de retirer la culpabilité : la sexualité n’est pas une source de performance et elle peut être agréable même si elle n’est pas « parfaite ». Si une hypoglycémie survient, c’est simplement une réaction possible du corps, comme après un effort. Le plus important est de faire une pause, de traiter l’hypoglycémie, puis de reprendre seulement si on en a envie. Parfois, on peut simplement décider de continuer le moment autrement ou de le remettre à plus tard. 

3) Se sentir libre malgré les technologies (pompe, capteur, alarmes)

Pompe à insuline, capteur, alarmes… ils font partie du quotidien et peuvent parfois influencer les moments d’intimité. Certaines personnes préfèrent garder la pompe attachée, d’autres la retirent temporairement. L’important, c’est de faire ce qui vous convient, tout en restant en sécurité. Par exemple, certaines personnes choisissent de suspendre la pompe pour de courtes périodes (généralement pas plus d’une heure) afin de limiter le risque d’hyperglycémie, puis de la rebrancher rapidement. Cela permet de profiter du moment tout en continuant à gérer sa glycémie. 

De manière générale, connaître l’emplacement de vos dispositifs (p. ex. capteur, cathéter ou Pod) peut aider à éviter les petits accidents (p. ex. site arraché, inconfort). Il est tout à fait possible de les sécuriser un peu plus (p. ex. collant supplémentaire, bande de maintien) ou de choisir des sites où ils sont moins susceptibles d’être arrachés.

Et si une alarme se déclenche, il peut être rassurant de se rappeler qu’il s’agit simplement d’un rappel que votre corps communique avec vous. Pour les lecteurs de la glycémie en continu, il est possible d’ajuster certains réglages à l’avance afin que les alarmes ne se déclenchent qu’aux moments où une action est réellement requise. Avec un peu de préparation, ces outils peuvent ainsi devenir de véritables alliés du quotidien, s’intégrer plus naturellement à ces moments et vous aider à les vivre avec plus de sérénité.

4) Communiquer avec son ou sa partenaire simplement

La communication est souvent ce qui enlève le plus de stress et ce n’est pas obligé d’être un grand discours, cela peut se faire avec humour. Avant de vous lancer, une phrase simple peut suffire. Vous pourriez par exemple dire : « Si je fais une hypo, j’aurai juste besoin d’une pause et de sucre » ou encore : « Si tu as l’impression que je deviens faible ou que je ne suis pas comme d’habitude, tu peux me rappeler de vérifier ma glycémie ». Ce genre de communication rend le moment plus sécurisant et plus complice parce qu’il n’y a pas de surprise.

5) Se donner le droit d’être imparfait·e

Il arrive à tout le monde de dériver de sa gestion habituelle du diabète dans ces moments-là. Modifier sa routine, ne pas vouloir interrompre le moment, retarder une dose, retirer un dispositif, oublier quelque chose, c’est tout à fait normal et humain. La bienveillance envers soi-même fait partie des meilleures stratégies pour retrouver plaisir et liberté.

6) Penser à « l’après »

Certaines personnes peuvent faire une hypoglycémie dans les heures qui suivent, parfois même la nuit. Si cela arrive régulièrement, il peut être utile d’observer comment cela se produit et, quand on se sent prêt·e, d’en parler avec son équipe de soins. Ces discussions sont courantes et normales et elles permettent de trouver des ajustements adaptés à votre traitement.  

Si vous portez une pompe à insuline et que vous avez réduit le débit basal pendant le moment d’intimité, vous pouvez prolonger cette diminution aussi longtemps que nécessaire pour limiter le risque d’hypoglycémie et profiter d’un repos serein. 

Et si le stress prend trop de place?

La peur de l’hypoglycémie, l’anxiété de performance ou le fait de « trop penser » peuvent réduire l’envie et le plaisir. Il est normal de sentir que le DT1 prend beaucoup de place dans l’esprit. Parfois, une simple discussion avec une infirmière en diabète, un·e médecin ou même un·e sexologue peut faire une énorme différence, surtout si cela devient une source de blocage ou de frustration.

Le DT1 peut amener des défis dans la vie sexuelle sans pour autant la définir entièrement. Avec le temps, beaucoup de personnes trouvent des façons de vivre des moments satisfaisants, riches et spontanés. L’anticipation, la communication et la bienveillance envers soi-même peuvent faire partie des repères sur lesquels on peut s’appuyer pour faciliter les moments intimes. 

Pour aller plus loin

Pour avoir plus d’informations et des conseils pratiques, vous pouvez vous connecter ou vous inscrire gratuitement à Support, notre plateforme dédiée au DT1. 

Vous y trouverez notamment les modules « Tout sur la santé sexuelle » et « Tout sur l’image corporelle » conçus pour vous accompagner vers une sexualité épanouie et positive, en toute confiance.

Références :

Écrit par :  Sarah Haag, infirmière clinicienne, B.Sc.

Révisé par :

  • Rémi Rabasa-Lhoret, M.D., Ph. D.
  • Anne-Sophie Brazeau, Dt. P., Ph. D.
  • Amélie Roy-Fleming, Dt. P., EAD, M.Sc.
  • Cassandra Locatelli, B.Sc.
  • Claude Laforest, Michel Dostie, Chloé Freslon, Laurie Lepine, patients partenaires du projet BETTER